Maltraitance Des Enfants Dans Les Daaras : Du Réveil Des Victimes

Mon nom est Djibril Fall, je suis africain et de nationalité sénégalaise. Comme nombre d’entre nous qui le font dans l’ombre, j’aspire à faire de mon passage sur terre, un moment utile pour le plus grand nombre de personnes possibles en commençant par ceux qui en ont le plus besoin.

Je pense avoir eu une chance inouïe que Dieu ait orienté mon engagement personnel et professionnel dans la défense de la dignité humaine et aux côtés des enfants et des jeunes. C’est une chance eu égard à tout ce que représente un enfant, autant dans le symbolique spirituel de mes croyances religieuses et traditionnelles que dans l’aboutissement concret qui peut découler de l’accompagnement adéquat de cet être. C’est une chance de pouvoir perpétuer une tradition portée aussi bien par nos cultures africaines que par les croyances religieuses qui guident aujourd’hui nos vies.

En écrivant ces mots, je pense à tout ce qu’on m’a appris de Mame Abdou et de Serigne Saliou. Et j’avoue avoir peur ! La peur d’un simple humain sans doute inculte qui ressasse sans cesse ce qu’il a appris des enseignements du prophète Mouhamed (PSL) quant au rapport qu’il entretenait avec les enfants. J’ai peur car ce que je vois, ce que j’entends ne ressemble en rien à ce qu’on m’a appris de ma religion.

Ma religion a consacré l’enfant comme un être « sans péché », autrement dit un être qui n’a jamais « rien fait de mal », qui n’est pas « responsable ». Alors je veux comprendre pourquoi faire du mal à quelqu’un qui n’a « rien fait de mal » aux « yeux » de Dieu ?

L’argument servi par les tenants de la brimade faite aux enfants talibés est simple : « nous avons vécu la même chose et pourtant nous sommes aujourd’hui là ». Messieurs, je vous le dis : vous êtes des survivants ! Mais combien n’ont pas survécu ? Combien ont été marqués à vie ? Combien ont tourné mal ?

Un survivant peut développer trois attitudes vis-à-vis de ces tortionnaires : de la haine viscérale qui conduit à un sentiment fort de revanche incontrôlée, de la sympathie inconsciente nommée sous le sobriquet du syndrome de Stockholm, ou de la négation complète de sa vie de brimade qui pousse souvent à se créer une nouvelle vie.

Tout ceci pour dire que quelle que soit la manière de réagir d’une victime de maltraitance, celle-ci a besoin d’un accompagnement personnel, d’un soutien social et d’un système public qui garantisse son mieux-être. Ainsi les maîtres coraniques qui reproduisent envers les enfants le même système de brimades qu’ils ont vécu, et de surcroit le défendent, ont eux aussi besoin d’être aidés, accompagnés, renforcés. Et ceci est la responsabilité des autorités religieuses et des autorités politiques.

Mon nom est Djibril Fall, je travaille au sein du Réseau Afrique de l’Ouest pour la protection des enfants, le RAO. Notre travail est de rendre de la dignité aux enfants vulnérables sans attache familiale et de les accompagner dans leurs perspectives de développement, quel que soit le pays où ils se trouvent dans notre région.

Non ! Défendre la dignité d’un être humain n’est pas être franc-maçon ou au service d’ennemis de l’Islam ! Non ! Dénoncer une maltraitance n’est pas un acte dicté par l’Occident. Nous sommes des Africains et suivons aussi les indications de nos plus vieux textes, ceux qui régissaient par exemple un grand empire comme le Mandé, où la dignité et l’intégrité physique de l’enfant étaient garanties.

Oui, nous irons mobiliser des ressources licites où elles se trouveront pour protéger, accompagner et s’assurer de la dignité de nos enfants et de leur avenir. Mais nous le faisons en toute cohérence avec nos croyances.

Dr Djibril FALL